Comme la saveur de la Madeleine de Proust, reste intacte dans ma mémoire le souvenir du crissement des semelles de crêpe du médecin venu m'annoncer la nouvelle, très tôt le matin alors que la maternité était encore endormie.
Alors que je me réveillais après avoir subi une anesthésie, seule, il est venu vers moi et m'a pris la main en me disant qu'il trouvait que mon bébé avait un faciès particulier ; c'est moi qui ait prononcé le nom de Trisomie qu'il n'osait dire. Très rapidement, il a précisé que ce n'était pas sûr, qu'il avait certains signes et pas d'autres et qu'il faudrait faire des examens pour confirmer mais qu'il pouvait se tromper. Il m' a fait part aussi d'éléments statistiques, qu'après coup, j'ai trouvé déplacés. Je lui ai demandé pour voir mon fils qui avait été emmené pour subir différents examens.
Après son départ, je me suis pincée, croyant avoir fait un mauvais rêve et me disant que j'allais me réveiller et que tout allait bien. Puis une auxiliaire m' a amené mon fils et je l'ai enveloppé de mes bras comme si je voulais déjà le protéger et je l'ai embrassé ; Pour moi le plus difficile était à venir car j'allais devoir annoncer la nouvelle à mon mari, mes filles et le reste de la famille. Quand mon mari est arrivé tout content d'avoir un fils, il n'a pas exprimé sa souffrance, il a simplement dit « nous l'élèverons comme les autres », cela a été pour moi d'un grand réconfort de savoir qu'il l'acceptait sans retenue. Il a fallu ensuite affronter la grande douleur de ma maman à qui j'ai du souvent remonter le moral, autre génération, autre vision de l'avenir.
La rencontre avec le pédiatre pour l'examen de Jérôme avant la sortie de la maternité à été un élément moteur dans notre acceptation du handicap : il a fait preuve d'humanité, doutant peu de l'issue du diagnostic, nous disant que nous étions solides et que nous saurions élever cet enfant, qu'il fallait le stimuler, s'occuper de lui par ce qu'il avait des potentiels à développer.
Les semaines qui ont suivies ont été pénibles car il fallait attendre le résultat du caryotype mais je n'avais pas beaucoup d'illusions ; Quand nous sommes retournés voir le gynécologue pour le résultat, positif, je lui ai dit qu'il aurait dû attendre la présence de mon mari pour nous annoncer la nouvelle, affronter l'annonce du handicap est plus facile à deux. Le diagnostic étant définitivement posé, il a fallu ensuite informer les proches, famille, amis, qui pour certains nous ont soutenu mais pour d'autres ont disparu de notre environnement.